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vendredi 24 juillet 2015

La mort de Homme

Homme est mort. Pas de corps non, mais son esprit qui m’entourait en permanence l’est. Homme m’a fait vivre les plus grands plaisirs et les plus grandes douleurs. Sur une corde raide. Funambule à la merci d’un déséquilibre des émotions. Jamais il ne m’a dit « Je t’aime », sauf cette fois où on se quittait. Il me baisait, je pleurais.

- C’est comme ça que je t’aime.

Quand j’y repense je trouve ça tellement horrible et tordu. Comme tant de choses que j’ai acceptées, convaincue que c’était le sacrifice que j’avais à faire pour sa queue et la présence de son esprit. Une esclave ensorcelée. Un pas chancelant de plus m’aurait menée vers le gouffre.

Homme est mort. Un jour, la passion s’est éteinte mais l’horreur est restée. L’étau de ma tolérance s’est resserré. Enfin. La dernière trahison était celle de trop. Je savais qu’elle viendrait, comme toutes les autres avant. Mais je m’étais d’avance jurée que ce serait la dernière et j'ai su, enfin, tenir ma promesse. Dès le lendemain, j’entamais mes démarches de libération.

J’ai conclu après des mois de thérapie que le problème n’était pas en moi et que j’avais le pouvoir d’être bien et libre. Et surtout que j’avais le pouvoir d’aimer.

Amour connaît mes cicatrices. Mais il ne connaît pas Violaine. Elle avait besoin d’exprimer l’inexprimable. Elle va mourir aussi, en même temps qu’Homme.

Parce que c’est fini. Le bonheur, ça ne fait pas lire personne.


Tout cela est vrai. Seuls les noms ont été changés.
V.

mardi 2 décembre 2014

Le retour de B

Ça faisait bien 3 ans. Sûrement plus. Je n’avais jamais été tentée de le contacter jusqu’à ce jour où j’ai écouté le nouvel album de cette chanteuse qui me fait tellement penser à lui. Et puis j’étais fâchée contre Homme.

Un message. Anodin. Il a une copine depuis 2 ans. Une semaine passe entre chaque ligne échangée. Et puis ça devient de plus en plus implicite. Il veut me voir. Je fais semblant de ne pas comprendre. Je veux dire non. Geneviève, ma meilleure amie me dit de dire non. Ma tête me dit de dire non. Ma conscience me dit de dire non.

- Jeudi 20h. Emporte un blanc.

On a pris un verre et mangé quelques bouchées que j’avais préparées. Je savais bien la raison de sa visite même si elle n’a jamais été explicite. J’étais en train de ranger les assiettes quand il s’est approché. Trop près.

- Je me rappelle ce coin de comptoir. Pas toi?
- Oui, bien sûr.

Et on a recommencé. Comme dans nos souvenirs. Mais ce n’était pas pareil.

B m’a réécrit 6 mois plus tard, et encore ensuite. Mais maintenant je dis non.

dimanche 30 novembre 2014

Mensonge

Il était revenu de voyage en me disant que j’étais la femme de sa vie, qu’il le savait, qu’il voulait qu’on vive ensemble. Et moi j’entendais des beaux mots sans vraiment les croire. Sans les croire parce que quand je lui demandais comment ça se traduirait, là, maintenant, concrètement, dans nos vies, il était incapable de répondre.

-On fait quoi maintenant?

- Je sais pas.

Et malgré la promesse que je m’étais faite de ne pas me contenter de miettes, malgré la promesse que je m’étais faite de ne pas accepter de gris, j’ai fini par céder.  J’ai passé les premières semaines sur la défensive. Ça paraissait dans mon attitude, ça le déstabilisait. Et puis, il a recommencé à avoir ses comportements de mensonge.


Je ne sais pas ce qui m’a poussé ce soir-là à aller voir dans ce lieu virtuel où on s’était rencontré. Son territoire de chasse. Un feeling. Et il était là. À peine quelques semaines après ses supposés aveux d’amour. Il était là et mon cœur ne battait plus.

Le lendemain midi j’ai quitté mon bureau et suis allée pleurer dans la petite chapelle du quartier. Je ne sais pas ce que j’y espérais. Une présence, une force, un sauveur. Mais j’étais seule.

Le soir, comme un robot, j’ai appelé un ami et lui ai dicté quoi écrire et comment se présenter. Un test. Même si je savais à quoi m’en tenir. Il avait l’étoile typique à côté de son nom. Tel que prévu il a mordu dans l’heure. J’ai eu rapport de tous les échanges.

Quand je l’ai confronté, il a d’abord nié. Puis il m’a accusé. Puis il s’est défendu. Ça ne voulait rien dire, il n’y faisait rien de toute façon. Je n’étais plus pareille, j’étais ailleurs. Il méritait de l’être aussi. À ma demande, il a fermé son compte. Mais avant, il a envoyé ses coordonnées à Mia, en l’invitant à prendre un verre. Ce jour-là, j’ai pris la décision que jamais nous n’irions vivre ensemble. 

Il n’a jamais su que j’étais Mia.


samedi 8 novembre 2014

Je l’aime un peu

Ça faisait des mois que j’égrainais ma relation avec Homme comme on effeuille des pétales de marguerite.

Je l’aime à la folie

Passionnément

Beaucoup

Un peu

Pas du tout…

Je suis arrivée au chalet de Geneviève seule le samedi soir. J’avais besoin d’une pause et de m’amuser. En arrivant, je l’ai vu. Charles était là, avec mon bouquet de marguerites dans les mains.

Ça faisait longtemps. La dernière fois, c’était le pendant le feu. Et comme on est habile à ce jeu on a fait comme si rien n’était toute la soirée. Et puis j’étais épuisée et suis allée me coucher la première.

À l’orée du sommeil, j’ai imaginé que Charles venait me rejoindre. Il ne me parlait pas, mais se couchait derrière moi et me caressait doucement, puis plus intensément. Il prenait le contrôle, soulevait mon corps, soulevait ma robe et me prenais par derrière et moi je savais que la porte de la chambre était de verre mais m’en souciais peu.


Quand je me suis réveillée, il n’y avait aucune trace de Charles. Ni de mes marguerites.

lundi 21 juillet 2014

Gravir des montagnes – Un récit à partager

J’ai commencé à grimper par hasard. Je cherchais quelque chose à faire de quelques heures libres. Quelque chose à faire pour ne pas penser. Ne pas penser à la vaisselle qui s’empile trop vite. Ne pas penser à ce travail à faire. Ne pas penser à l’argent. Ne pas penser à Homme. Ni à personne.

Un jour que j’avais mal à l'âme, je suis allée gravir cette montagne. Je me suis poussée à fond. Je suis arrivée au sommet en nage, résolue de jeter l’amour mort-vivant, et toutes mes angoisses, en bas de la falaise. J’en ai profité pour envoyer une pensée dans les airs à tous ceux que je n’oublie pas, même s’ils ne le savent pas.

Gravir une montagne, c’est mon cœur qui bat pour autre chose que Toi. C’est le son des battements sourds qui tambourinent dans mes oreilles et remplacent les suppliques salaces. C’est avoir mal ailleurs que dans le cœur. C’est dominer quelque chose de plus grand et plus fort que nous. C’est écrire mille récits dans sa tête au rythme du cœur qui bat.

Cette montagne, je veux la dominer autant de fois que les hommes ont dominé le mont de Vénus. Comme eux, le faire parfois avec assurance, souvent avec l’énergie du désespoir, toujours triomphante.

Gravir une montagne, c’est courir pour la redescendre, être aux aguets, frôler le danger toujours plus prêt. Le danger qui peut briser le corps mais est trêve pour l’âme.


C. mon ami, tu m’as dit un jour que tout le monde, pour rester sain d’esprit, se devait d'avoir un psy et un blogue. J’ajoute à tes incontournables une montagne à gravir. Et du sommet, je t’envois souvent, même si tu ne le sais pas, une pensée dans les airs.

mardi 8 avril 2014

Une bouteille à la mer

15 ans avant…

Je viens d’emménager avec Mathieu. Je suis jeune, vive, créative et pleine d’espoir pour mon avenir. Je suis amoureuse. J’ai la vie devant moi. Je suis heureuse.

On fait une fête pour pendre la crémaillère de notre appartement. Tous nos amis sont là. Tous sont de jeunes couples souriant, heureux. Geneviève et Diego, Charles et Mélanie, et les autres. C’était avant le feu. Une amie nous avait offert un des ces kits de poésie magnétique. Elle avait aussi fabriqué nos noms, Mathieu, Violaine, et même Gaspard, le chat. Pour être sûre que nos fantasmes ne s’écrivent jamais sans nous.

Quand on s’est séparé, j’ai gardé les mots. C’était naturel. J’ai jeté l’aimant de Mathieu et celui du chat. Mais j’ai gardé le mien. Et puis j’ai trouvé ça sur le côté de mon frigo :

J’ai des frissons
Ma langue délire
Ta bouche chasse
Violaine est céleste charme


Depuis combien de temps j’abrite ce poème et l’identité de l’auteur sont opaque mystère. Ce n’est pas Homme. Je le connais trop. Je sais qu’il aime les chiffres et pas les lettres.

samedi 29 mars 2014

Des chaussures de femme


Il y avait des chaussures de femmes sur sa commode. Pas des chaussures de filles. Ça aurait été trop facile. Des chaussures de filles, ça s’explique. Comme Homme expliquait les objets féminins de sa salle de bain au début, avant que je sache que j’étais l’Autre Femme. C’est pratique être père d’une fille adolescente à temps partiel quand on mène une double vie.

- Elles sont à qui ces chaussures?
- Aucune idée. À toi surement.
- Câlisse tu me niaises-tu? Ya pas UNE femme au monde qui connaît pas son inventaire de souliers par cœur. T’es vraiment cave de penser t’en sortir en me disant une marde de même.

Je n’ai jamais su à qui étaient ces chaussures. Je me suis réveillée. Homme est infidèle, toujours, dans mes rêves. Des fois je me demande si mes rêves influencent ma perception de la réalité ou si c’est mon perçu de la réalité qui influence mes rêves. Va savoir.

L’autre soir, Homme savait que j’avais un engagement et que je l’honorerais malgré une grande fatigue.

- Tu iras te coucher en revenant. Repose-toi. J’ai du travail tard à la maison ce soir.

Mais en cours de soirée, une nouvelle inattendue. Une nouvelle de fébrilité. Quelque chose qu’il faut partager tout de suite.  J’ignore pourquoi, mais j’avais le sentiment qu’il ne répondrait pas. Mais il l’a fait. Par accident. Probablement en voulant éteindre la sonnerie insistante de mes appels. Des bruits de bar ou de café. Une voix de femme. La voix d’Homme. En alternance. Un cœur qui suspend son battement pour distinguer les mots échangés, en vain. Un sentiment insidieux d’impuissance.
Quelques minutes plus tard, un appel. Les bruits de fond sont disparus. La voix de femme aussi.

- Je suis allé manger au bistro du coin. J’ai jasé vin avec la nouvelle sommelière.